Né en 1992 au Sénégal, Alpha Sy découvre l'art à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar, qu'il quitte pour suivre les cours de l'École Nationale des Arts. En 2014, il rejoint RBS (Radikl Bomb Shot), un collectif de graffeurs sénégalais, où il apprend la technique et l'esprit collectif du graffiti. Son travail est montré dès 2016 dans plusieurs expositions à Dakar, notamment au musée Théodore Monod.
En 2018, il part sept mois au Chili dans le cadre d'un échange culturel sénégalo-chilien : sérigraphie, streetwear, muralisme — il y peint plusieurs fresques, dont une au musée à ciel ouvert de San Miguel, Santiago. À son retour, il réalise deux fresques monumentales à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar, à l'invitation du directeur du centre des œuvres universitaires.
Depuis 2021, Alpha Sy vit et travaille à Lausanne, où il obtient en 2023 un Master en Art visuel à la HEAD – Genève. Sa pratique, pluridisciplinaire, repose sur la peinture murale, la peinture sur toile, ainsi que la modélisation 3D et la génération vidéo pour ses installations.
Son travail explore la fragmentation de la figure par une trame géométrique, en tension avec des aplats de couleur continus — une recherche sur la texture comme lieu de dissolution et de reconstruction de l'image.
C'est au Chili qu'est né un déclic. Face à la question récurrente "comment les Africains font-ils du graffiti — sur les arbres ?", Alpha Sy fait de l'afrofuturisme un axe central de son travail mural : montrer que l'Afrique a un rôle à jouer dans ce dialogue entre continents, loin des imaginaires figés par la colonisation.
Le mur devient un espace de mémoire autant que de création. À l'université Cheikh Anta Diop de Dakar, sa fresque rend hommage à l'historien qui donne son nom au lieu — une manière de rendre visibles des figures que l'enseignement colonial a longtemps effacées. À Thiès, son travail interroge la place de l'humain dans son environnement, et les récits parfois contradictoires portés sur l'Afrique par la fiction et les documentaires occidentaux.
Peindre un mur, pour Alpha Sy, c'est occuper l'espace public pour y réinscrire des histoires qu'on n'y trouve pas ailleurs.